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Interview - "Le gène écrit l’histoire" (juin 2019)

JDM

20/06/2019

« Le gène écrit l’histoire »

Interview de Mélanie Pruvost, paléogénéticienne chargée du projet Ancestra, dans « l’Est-éclair » (02/06/2019) :


Le projet Ancestra a débuté à la fin 2015. Où en est-il aujourd’hui ?

Il a été prolongé jusqu’à la fin mars 2020. Nous avons travaillé de façon chronologique. Nous avons pratiquement fini la Protohistoire et nous avons encore l’Antiquité et le Haut Moyen Âge à traiter.


Comment s’est faite la sélection des échantillons ?

Elle s’est faite en coordination avec l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives). Ça a été vraiment un dialogue avec les archéologues pour pouvoir répondre aux questions de migrations – il nous fallait un bel échantillonnage pour chaque période sur une même région –, mais également pour sélectionner des individus qui pouvaient répondre à des problématiques liées aux sites archéologiques. La notion de terrain est très importante.


Quel échantillonnage en Champagne ?

On a déjà analysé une soixantaine d’individus. On est allé jusqu’au bout de l’analyse. Pour la Protohistoire, on en a une quarantaine de plus. Et on en a encore plus pour l’Antiquité et le Haut Moyen Âge. Combien en tout ? On n’a pas encore compté...


Quel est l’équilibre entre paléogénétique et archéologie de terrain ?

Le projet tel qu’il a été construit est tourné vers la paléogénétique et la paléogénomique, mais nous travaillons bien sûr en étroite collaboration avec les archéologues. Dans le projet Ancestra lui-même, il n’est pas prévu de retraiter les données de terrain. Ce sont des allers-retours constants entre ce qui a été découvert sur le terrain, les problématiques des archéologues et ce que nous trouvons. Il nous arrive de revenir vers les archéologues en disant « au vu des résultats, on pense que... »


Qui mène la danse, la paléogénétique, l’archéologie ou les deux ?

On ne peut rien faire en paléogénétique si l’on n’a pas de bonnes données archéologiques. L’archéologie de terrain est notre matière de base. On ne peut pas travailler sur des échantillons hors contexte archéologique, hors stratigraphie, sans datation... Si l’on n’a pas d’informations, on ne peut pas tirer de conclusion. Ce n’est pas « l’un remplace l’autre ». C’est « l’un avec l’autre ».


En remettant en cause un certain nombre de théories, la paléogénétique a troublé certains archéologues ?

La paléogénétique permet surtout de reprendre des théories qui avaient été écartées pour des raisons parfois idéologiques ou politiques. Nous sommes à un moment où la paléogénétique et la paléogénomique interviennent de plus en plus souvent. Il va falloir trouver l’équilibre et un vocabulaire commun pour pouvoir discuter ensemble. Un certain nombre de problèmes viennent d’une mauvaise compréhension des données des uns et des autres.


Quand on est généticien, comment vient-on à l’archéologie ?

J’ai toujours été passionnée par l’archéologie. Je voulais être archéologue. J’ai fait des fouilles archéologiques bénévoles pendant une dizaine d’années, en parallèle de mes études en génétique. Donc j’ai couplé les deux domaines...


Propos recueillis par J.-M. Van Houtte


Commentaires:

le Projet Ancestra a été lancé en 2016 sous l’égide de l’Institut Jacques Monod-Université Paris Diderot. Son objectif est d’étudier, par le biais de la paléogénétique, le peuplement de la France, du Néolithique jusqu'au Haut-Moyen-âge. Ces résultats, remis dans un contexte chronologique et géographique plus large, permettront d'appréhender les mouvements de populations en France au cours du Néolithique et de l'âge du Bronze.

Si on lit entre les lignes de cet entretien, ces travaux paléogénétiques devraient faire sauter la chape de plomb qui pèse depuis quelques décennies déjà sur l’archéologie française. En tout cas la France ne sera plus un "trou noir" dans le domaine de l'étude de l'ADN ancien:

http://umap.openstreetmap.fr/en/map/ancient-human-dna_41837#4/52.40/28.48

A l’instar des pays voisins (Royaume-Uni, Irlande, Benelux, Espagne, Allemagne) qui ont déjà fait sur leur sol ce type d’études paléogénétiques à grande échelle, nous devrions aussi logiquement retrouver, dans nos populations de l’âge du Bronze, puis de l'âge du Fer, les marqueurs génétiques « indo-européens » originaires de la région des steppes caspio-pontiques et de la culture de Yamna (tombes à fosse).


source : https://abonne.lest-eclair.fr/id68713/article/2019-06-02/le-gene-ecrit-lhistoire

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