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Interview - Les Cahiers de Science & Vie : "Les Indo-Européens, un petit peuple de nomades qui a eu de grands effets" (juillet 2019)

JDM

18/07/2019

Maître de conférences à l’Université de Limoges et membre actif du Comité Scientifique de la SFEIE, Romain Garnier nous gratifie d’un excellent entretien dans le dernier numéro des Cahiers de Science & Vie daté de juillet 2019.


 S’appuyant sur la linguistique et l’étude comparée des langues indo-européennes, Romain Garnier confirme l’hypothèse d’un foyer de locuteurs indo-européens, situé entre Don et Volga, vers 4 000 av. notre ère. Ces locuteurs auraient essaimé ensuite vers l’ensemble de l’Europe, influençant durablement d’autres cultures déjà présentes tels que les peuples de la Grèce archaïque en Méditerranée ou ceux de la Céramique Cordée sur les bords de la Baltique.


 Fondamentalement, selon Garnier, « Il faut se représenter l’indo-européen comme ce que furent les dialectes grecs de l’Antiquité: un continuum de variantes, avec une intercompréhension partielle. Et ces dialectes sont venus, avec la progression de leurs locuteurs sur le territoire, influencer progressivement d’autres langues que parlaient les peuples rencontrés ». Autre point notable soulevé dans cet entretien, le faible nombre, au moins au départ, de ces envahisseurs jeunes et majoritairement masculins. Et Romain Garnier d’insister même sur le fait que « toute l’économie indo-européenne était basée sur la razzia, le pillage. C’est ce que décrivent de très anciens textes. Les Indo-Européens, d’une certaine manière, étaient des pirates sur terre ». L’archéologie montre ainsi que, vers 3 000 av. notre ère, des cités du Néolithique telle que Cucuteni-Trypillia dans l’actuelle Roumanie, ont eu besoin d’ériger rapidement de hautes murailles pour se protéger contre des raids guerriers venus très probablement de la steppe pontique. La coexistence fut donc loin d’être pacifique, dans une vieille Europe pourtant faiblement peuplée…


 Seul bémol amical à apporter à ce bel entretien, l’affirmation un peu rapide de Romain Garnier comme quoi les peuples parlant l’indo-européen n'auraient pas laissé d’autres traces que linguistiques. En effet, si l’on se réfère à un article contigu dans la même revue, ce n’est pas exactement ce que nous révèle l’étude de l’ADN ancien. Comme le souligne la paléogénéticienne Eva-Maria Geigl, l’analyse d’une centaine de génomes d’individus vieux de 5 000 à 4 500 ans a mis en évidence la présence de nomades des steppes pontiques, issus de la culture de Yamna dont les gènes ont manifestement remplacé dans certaines régions les « trois quarts du génome des populations autochtones ». Or ces gènes se retrouvent encore en quantité importante chez la plupart des peuples européens modernes, et même de manière majoritaire dans les populations du nord et de l’ouest de l’Europe.


 Désormais, la question indo-européenne ne pourra plus se traiter sérieusement sans faire intervenir recherche génétique, comparatisme linguistique et études archéologiques et anthropologiques.

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