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« Population genomics of the Viking world » (biorxiv, juillet 2019) : le génome des anciens Scandinaves décodé

JDM

28/07/2019

Dirigée par Ashot Margaryan de l’Université de Copenhague avec la contribution de plusieurs dizaines de scientifiques des plus grands laboratoires européens, cette étude a séquencé et analysé le génome de 442 anciens individus du monde Viking, sur une période allant de l’âge du Bronze (2 400 av. notre ère) jusqu’à la fin du Moyen-Age. Elle couvre un important périmètre géographique allant du Groenland jusqu’à l’Ukraine, en passant par l’Irlande, le Royaume-Uni et les pays baltes. La Suède, l’Islande, la Norvège et le Danemark représentent 60% de l’ensemble de l’échantillon. 

 Ce travail a donc le mérite de ne pas se limiter à la période Viking (entre 750 et 1050) et à l’aire purement scandinave, mais de remonter dans le lointain passé afin d’en tracer l’ethnogenèse via l’ADN. « Globalement - comme l’indiquent les auteurs - nos conclusions suggèrent que la composition génétique de la période Viking scandinave dérive du mélange de trois sources antérieures : les Chasseurs-cueilleurs du Mésolithique, les Fermiers du Néolithique et les Pasteurs de l’âge du Bronze ». Cette dernière population regroupe les individus issus de la culture Yamna dans la steppe pontique, locuteurs des premiers idiomes indo-européens avant la dispersion aux quatre coins de l’Eurasie.

 Comme l’indique par ailleurs l’étude, la transition entre l’âge du Bronze et l’âge du Fer (vers 500 av. notre ère) coïncide en Scandinavie avec une réduction de l’ascendance génétique due aux Fermiers du Néolithique et par une croissance de celle héritée des Pasteurs de la steppe pontique et des Chasseurs-cueilleurs. On note aussi sur toute la période de l’âge du Fer une forte hausse de la fréquence du gène LCT associé à la tolérance au lactose, laquelle caractérise aujourd’hui la plupart des populations scandinaves modernes. Les auteurs démontrent que la fréquence de cette allèle était plus importante du côté de la mer Baltique lors de l’âge du Bronze : le flux génétique entre l’aire baltique et l’aire scandinave aurait donc été régulier, ce qui s’explique aisément par la proximité géographique.

 En résumé, si l’on prend l’ensemble des haplogroupes patrilinéaires (y) analysés sur les 275 individus mâles de l’échantillon Viking, on trouve 32% de I1 directement hérité des Chasseurs-cueilleurs du Mésolithique, et 29% de R1b et 21% de R1a, marqueurs hérités eux des cultures Yamna de la steppe pontique. L’influence des Fermiers du Néolithique se retrouve elle, assez logiquement, dans l’ADN mitochondrial issu des femmes locales.

 Concernant la pigmentation des yeux et des cheveux, on retrouve des fréquences équivalentes durant la période Viking et l’époque actuelle, suggérant que les pigmentations très majoritairement claires dans cette région (autour de 75%) n’ont pas fondamentalement évolué depuis mille ans.


 Cette importante étude repose aussi sur un travail archéologique d’envergure, avec la description minutieuse de 80 sites, cimetières, nécropoles ou tombes individuelles. Le mobilier funéraire y renvoie le plus souvent à une société hiérarchisée, patriarcale et guerrière, avec de nombreux ornements distinctifs.

 Pour preuve, par exemple, un vaisseau de 17 mètres retrouvé sur l’île de Saaremaa en Estonie et datable de l’an 750. On y retrouve les ossements de quatre frères, à priori des chefs, avec un équipage de 34 guerriers liés génétiquement au même clan. Sont aussi déposées dans cette sépulture marine 40 épées, des lances et plus de 50 pointes de flèches. Les guerriers ont été recouverts de boucliers avec des bossages en fer. Il s’agissait très probablement d’individus de haut rang.

 Les anciens scandinaves appartenaient pleinement à l’espace anthropologique et culturel indo-européen, que ce soit à travers la langue, la structure de la société ou la religion (comme l’ont démontré notamment Georges Dumézil, Edgar Polomé, Jan de Vries et plus récemment Anders Kaliff, dans son ouvrage Källan på botten av tidens brunn. Indoeuropeiska rötter till fornnordisk religion, Stockholm, 2018). Grâce aux apports de la paléogénétique, l’étude recensée ici nous confirme magistralement l’importance de cet héritage dans le monde nordique. Tout en se gardant de réduire la population scandinave à une sorte d’isolat ethnique qui serait resté identique sur plusieurs millénaires et des centaines de milliers de kilomètres carrés, cette étude ne remet pas en cause le constat de la relative homogénéité anthropologique du monde germanique septentrional, dressé par les archéologues depuis la fin du xixe siècle.

https://www.biorxiv.org/content/10.1101/703405v1

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