Nouvelles publications et revues

Journal of Indo-European Studies, volume 47, printemps/été 2019

JDM

22/10/2019

Au carrefour de plusieurs disciplines (linguistique, archéologie, anthropologie, comparatisme et génétique), le dernier numéro (printemps/été 2019) nous offre un passionnant mais complexe panorama sur le foyer d’origine linguistique du Proto-Indo-Européen (PIE), et en particulier sur l’hypothèse du substrat caucasien. Comme le rappelle J.P. Mallory en préambule, les dernières décennies ont vu s’affronter deux hypothèses : celle d’un foyer anatolien, avec une diffusion des langues indo-européennes favorisée par les Fermiers du Néolithique et l’expansion pacifique de l’agriculture, et celle d’un foyer situé dans la steppe pontique (Ukraine et sud de la Russie) dont les idiomes ont été véhiculés par des pasteurs-nomades aux visées plus conquérantes. Les très récentes découvertes réalisées dans le domaine de la paléogénétique tendent à faire largement prévaloir aujourd’hui la seconde hypothèse sur la première. Mais l’ADN des fossiles humains ne donnant pas d’indication sur la langue qu’ils parlaient, demeure donc l’irritante question de savoir où, quand et comment le PIE a pu se constituer.

Dans la lignée de C.C. Uhlenbeck, le prof. Allen Bomhard de l’Université de Florence (Etats-Unis) propose ici une hypothèse, fondée sur la glossologie, selon laquelle le PIE serait le résultat d’une interférence entre un substrat linguistique originaire du nord du Caucase et une langue dominante liée elle à l’Ouralien, voire au pré-Ouralien. Celle langue dominante aurait petit à petit absorbé les éléments caucasiens dans sa phonologie, sa morphologie et dans le lexique. Ce type d’interférence aurait toutefois impliqué une longue période de bilinguisme parmi les locuteurs de l’Ouralien. Frederik Kortlandt, de l’Université de Leyde soutient aussi cette hypothèse, rappelant au passage les conclusions archéologiques de M.Gimbutas et de J.P.Mallory selon lesquelles un premier foyer situé au nord de la Caspienne se serait ensuite déplacé vers le nord de la Mer Noire. Si l’on part en effet du postulat, aujourd’hui assez largement admis par la communauté scientifique, d’un foyer tardif du PIE, avant dispersion de ses locuteurs, qui remonterait à la culture Yamna (ou tombes en fosse, vers 3 000 av. notre ère) située dans la steppe pontique, le problème est d’en faire la genèse, et de voir par quels flux de populations et dans quelles conditions cette langue a pu se former.

Le prof. David Anthony nous en offre la démonstration dans un article extrêmement détaillé et pluridisciplinaire intitulé « Archaeology, Genetics and Language in the Steppes : A comment on Bomhard ». De manière extrêmement basique, si l’on étudie le génome des individus anciens de la culture Yamna, leur ADN autosomal provient pour moitié des Chasseurs-cueilleurs de l’Est et pour moitié des Chasseurs-cueilleurs du Caucase, ce qui va dans le sens de l’hypothèse du substrat linguistique caucasien. Les Chasseurs-cueilleurs de l’Est se sont étendus, durant le Mésolithique puis au Néolithique, de l’Oural jusqu’à la Baltique, puis sont descendus vers les steppes de l’ouest en suivant les fleuves. Ils provenaient probablement à l’origine des régions septentrionales de l’Eurasie, où ils chassaient le renne et le mammouth. Le cas des Chasseurs-cueilleurs du Caucase est plus complexe, car il semblerait qu’il y ait eu plusieurs populations de ce type. On a ainsi voulu faire de la culture de Maikop (3600-3000 av. notre ère) la source de cet élément génétique caucasien retrouvé dans la cuture PIE de Yamna. Mais, selon David Anthony, ces populations de Chasseurs-cueilleurs du Caucase étaient déjà présentes dans la Steppe bien avant, c’est-à-dire dés 6 000 av. notre ère, dans la région de la basse Volga. Pour lui « sans nul doute, une population de Chasseurs-pêcheurs du Caucase non mélangée génétiquement avec les Fermiers anatoliens s’est croisée avec des populations de Chasseurs-cueilleurs de l’Est dans les steppes de la Volga et celles du nord du Caucase, et ce avant 4 500 av. notre ère ». La fameuse culture archéologique énéolithique de Khvalynsk sur la moyenne Volga aurait été le point de jonction et de mélange de ces deux populations, et aurait donc conduit à la phase la plus ancienne du PIE. En ce sens il rejoint l’hypothèse de Allen Bomhard, considérant que certains traits morphologiques et phonologiques de base du PIE correspondraient bien à des langues archaïques du Caucase, lesquelles se seraient fondues ensuite dans le vaste ensemble linguistique pré-Ouralien caractéristique des populations de Chasseurs-cueilleurs issues de la culture de Samara.


https://www.academia.edu/39985565/Archaeology_Genetics_and_Language_in_the_Steppes_A_Comment_on_Bomhard

Navigation

Contact

© 2019 Société Française d'Études Indo-Européennes